Nager dans les eaux troubles
Des lendemains
Attendre ici la fin
Flotter dans l'air trop lourd
Du presque rien
A qui tendre la main
Si je dois tomber de haut
Que ma chute soit lente
Je n'ai trouvé de repos
Que dans l'indifférence
Pourtant, je voudrais retrouver l'innocence
Mais rien n'a de sens, et rien ne va
Tout est chaos
A côté
Tous mes idéaux : des mots Abimés...
Je cherche une âme, qui
Pourra m'aider
Je suis
D'une géneration désenchantée, désenchantée
Qui pourrait m'empêcher
De tout entendre
Quand la raison s'effondre
A quel sein se vouer
Qui peut prétendre
Nous bercer dans son ventre
Si la mort est un mystère
La vie n'a rien de tendre
Si le ciel a un enfer
Le ciel peut bien m'attendre
Dis moi,
Dans ces vents contraires comment s'y prendre
Plus rien n'a de sens, plus rien ne va.
Album : L'Autre, Dance Remixes, Live à Bercy, Mylénium Tour, Les Mots, Remixes 2003, Avant que l'ombre live
Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat
Durée : 4'45 (radio edit)
Production : Polydor
Editeur : Requiem Publishing
Sortie : mars 1991
Face B : Chaos Mix (4'15)
Ventes : 800.000, records farmerien
Certification : disque de dimant
Photos : Marianne Rosensthiel
Reprises : Barbie (1995), Alliage (1998), Allan Théo (1999), Kate Ryan (2002), Liloo (2002), Star Académie (2002), Star Académie (2003)
Supports : 19
Mots clés : eau - air - Cioran - solitude - temps - lère
Style : métaphore -
Chanson emblématique de Mylène, c'est aussi son titre le plus exporté (et aussi l'un des titres français qui s'exporte le mieux dans le monde chaque année. C'est ce qui en fait le plus gros tube farmerien. Elle fut écrite en 1990 comme le reste de l'album L'Autre.
Dès le début de la chanson, Mylène impose son thème, l'univers de sa chanson : "Nager dans les eaux troubles des lendemains". "Les eaux troubles" est une métaphore qui désigne l'incertain. C'est l'objet des 3 premiers vers : personne ne sais de quoi le futur sera fait. Mylène elle, préfère attendre ("Attendre ici la fin) et voir qui viendra l'aider ("A qui tendre la main"). Mylène, reste s'inscrit dans l'état d'esprit de Cioran, philosophe pessimiste. Elle n'arriver pas à vivre dans son univers ("flotter dans l'air trop lourd"). "Du presque rien" semble résumer la situation dans laquelle elle se trouve : il ne lui reste rien, plus d'espoir, plus d'envie, et surtout plus personne sur qui compter.
Après avoir présenté sa situation, Mylène explique comment elle est arrivée là. Elle dit qu'elle est tombée "de haut", ce qui porte à croire que cette situation est récente et qu'elle n'est pas encore sûre de la suite des choses. Ensuite, Mylène explique qu'elle préfère avoir une chute lente plutôt que de tomber brutalement. Puis elle tombe dans une sorte de paradoxe, elle vient de haut, d'où les gens la considéraient, et maintenant elle déclare trouver le repos dans l'indifférence des autres. Elle n'a plus de possibilités de revenir en arrière ("innocence"), elle insiste même sur cette phrase en la césurant avec "pourtant". Mylène en pleine période sombre est dans un monde où plus rien ne va ("Mais rien n'a de sens, et rien ne va"). C'est grâce à ces phrases et celles qui vont suivre que Mylène a réussi à faire accrocher tout un public sur cette chanson.
Tout est KO, Mylène joue sur la phonétique de "chaos". Le chaos caractérise tout ce qui est vide, n'a plus d'ordre ainsi que les ténèbres. Tous ses "idéaux" ne sont plus que des "mots abîmés". On sent la chanteuse dans une phase de déprime intense où d'une part elle est seule et triste et où d'autre part plus rien ne correspond à ce qu'elle imaginait, d'où le fait qu'elle soit désenchantée. Elle cherche quelqu'un, quelqu'un qui "pourra l'aider", pour refaire le lien entre sa réalité, se qu'elle s'imagine et ce monde qu'elle n'accepte pas. Puis Mylène parle de sa génération, toutes ces personnes (à qui la chanson s'adresse notamment) qui comme elle ne trouve pas leur place dans ce monde qui ne corresponds plus à leurs idéaux. Elle conclue : elle est désenchantée, plus insiste, lourdement défaitiste une seconde fois sur l'adjectif.
Soudain, Mylène semble libérer, elle a repris confiance, comme si elle avait trouvé une "âme" pour l'aider, peut être tout simplement est-ce le soutien de cette génération derrière elle. Alors, elle fonce, plus personne ne peut l'"empêcher de tout entendre". Mylène choisit d'affronter les problèmes et d'essayer de comprendre ce qui se passe. Puis pour la seconde fois, elle joue sur le double sens de sein/saint, en paraphrasant l'expression "a quel saint se vouer". Après "Maman a tort", quelques années avant, Mylène reparle d'une relation mère/fille. Doit elle se fier à sa mère ou bien à une autre personne ?