Né dans les années 60, il est aujourd'hui le photographe du fétichisme érotique chic. Il trouve son inspiration chez Zeffirelli, Peter Stein, Giorgio Strehler, Dario Fo, Peter Brook, Frederico Fellini, Orange Mécanique, Gainsbourg, Pacadis, Titien... À ceux qui lui demandent aujourd'hui quels sont ses ‘maîtres', il préfère citer ces noms-là, plutôt qu'un Newton ou un Doisneau. Également auteur de nombreux clichés de stars comme Renaud, Sheila, Lio, Ophélie Winter ou encore Jean-Marie Bigard, il fut le premier à avoir travaillé régulièrement avec Mylène Farmer au début de leurs carrières respectives. De lui la star disait: "petit diable qui réussit à prendre mon âme".  La preuve, cette série de 30 photos argentique en noir et blanc, de dimensions modestes 60 x 90, qui immortalise une Mylène devenant Farmer..

Christophe Mourthé est un visionnaire qui perçoit bien vite que les tendances de la société sont en pleine mutation dans les années quatre-vingt. Il devient rapidement un précurseur de l'école des ‘fétichistes', absorbée plus tard par la publicité. Le fétichisme de Christophe Mourthé devient un style à part entière, annonciateur d'une tendance de la mode dont s'emparera plus tard la haute couture. Ses photos sont enracinées tout à la fois dans la période tumultueuse des libertés des années septante et dans la période du ‘safe sex' qui allait donner un coup de frein à l'élan de cette décennie. De nouvelles manières de vivre l'amour voient le jour, et le fétichisme est l'une d'entre elles. Christophe Mourthé appartient à la génération ‘Palace', tout comme Mugler, Gaultier, Chantal Thomass, Madonna, Nina Hagen, Blondie, Lou Boutin... dont Fabrice Emaer est le père spirituel.

L'industrie de la mode fait également appel à lui. Il collabore avec les plus grands magazines (Playboy, Newlook – à 22 ans, il est l'un des principaux photographes du magazine –, Penthouse, Lui, Vogue, Max…), pour lesquels il photographie les modèles les plus en vogue au rythme de ses images oniriques.

Il crée une série de portraits qui frappent tant par leur authenticité (Mylène Farmer, Renaud, Higelin, Dick Annegarn, César, Jean Marais) que par la mise en scène au service de l'artiste (Arielle Dombasle en statue de la liberté, Jean-Marie Bigard en ‘Penseur' de Rodin).

Interview dans VSD

VSD. Et vous faites des photos ensemble ? Pas tout de suite. Nous nous voyions, nous discutions de nos univers respectifs. Et, plus nous passions du temps ensemble, plus nous sentions l'un et l'autre que nous avions beaucoup de points communs, que nous nous comprenions d'un regard. Au bout de quelques mois, la relation est devenue très fusionnelle. Laurent Boutonnat était très occupé et, du coup, Mylène passait la majeure partie de son temps avec moi. Une véritable passion amoureuse a fini par naître. J'étais convaincu que Mylène était la femme de ma vie .

VSD. Cette passion était réciproque ? . Je crois. Nous vivions une romance sublime, avec quelque chose de très enfantin, sans bien savoir ni l'un ni l'autre les limites à ne pas dépasser. Le secret, l'obligation de cacher l'intensité de nos rapports nourrissaient aussi cette histoire. Je crois d'ailleurs que cette intimité absolue m'a permis d'obtenir des choses rares, uniques, lors de mes prises de vue avec elle.

VSD. Justement, comment se déroulaient vos séances de photos ? Tout était simple, facile. Mylène était radieuse, riait. Elle se livrait totalement devant l'objectif. Nous nous amusions à commenter les clichés ratés. Je crois savoir qu'elle est beaucoup moins cool aujourd'hui, qu'elle exige la destruction des clichés qui ne lui plaisent pas. Je distribuais des dizaines d'images « libres de droits » pour illustrer des articles. Mylène me payait tout, les photos, les sorties, tout. Elle était aussi très exclusive dans notre collaboration.

VSD. C'est-à-dire ?
Elle acceptait mal que je travaille pour d'autres artistes. J'ai eu droit à une véritable crise le jour où elle a appris que Jakie Quartz souhaitait travailler avec moi. Quand Mylène a su que j'avais accepté, elle m'a demandé combien cette séance devait me rapporter et m'a fait un chèque du montant exact en me glissant : « Tu n'iras pas ! » J'étais amoureux, j'ai cédé.

VSD. Et quels étaient vos rapports avec Laurent Boutonnat ?
Je le voyais très peu, à la différence de Bertrand Le Page qui était très présent. Nous passions souvent des soirées entières, Mylène, Bertrand et moi. Des soirées largement arrosées de Dom Pérignon et d'autres choses. C'étaient les années 80 et, pour la plupart des gens du show-biz, c'était normal. Bertrand Le Page était un type brillant, génial, mais aussi très autodestructeur. C'était ça l'environnement de Mylène à l'époque. Seul Laurent Boutonnat était clean à ce moment.

VSD. Vos rapports privilégiés ont-ils eu une influence sur elle ?
J'ai vraiment apporté ma pierre à l'édifice. C'est en grande partie grâce à moi que Mylène a adopté la couleur rousse en s'inspirant de l'un de mes « Casanovas ». D'ailleurs, quand je regarde la star d'aujourd'hui, je n'ai pas l'impression d'un grand changement. Son photographe « officiel » n'a pas transformé cette image. Il l'a juste renforcée, mais Mylène est devenue plus aseptisée, une icône intouchable.

VSD. Pourquoi avoir cessé cette collaboration ?
Il y a eu un clash ou, plus exactement, une déchirure. Nous sommes partis en vacances ensemble. Laurent Boutonnat devait venir avec nous. Évidemment, je craignais le pire, vu l'intensité de mes relations avec Mylène. J'ai donc demandé à une amie de m'accompagner. Mais les rapports entre les deux filles sont très vite devenus explosifs. L'ambiance était très tendue. J'ai craqué et je suis allé finir mes vacances ailleurs avec mon amie. Mon histoire avec Mylène devait s'arrêter là.

VSD. Depuis, vous l'avez revue ?
Jamais ! Mylène m'a rappelé à la fin des vacances. Elle voulait continuer à travailler avec moi. J'avais accepté un rendez-vous auquel je ne suis pas allé. Quelque chose s'était cassé et il m'était impossible de devenir, auprès d'elle, un « simple » photographe. Cette rencontre m'a collé à la peau pendant des années. Ce fut une période de vrai bonheur et un moteur dans ma carrière. Mon seul regret : avoir laissé passer une femme.
 Le tournage du clip de Tristana a été une véritable campagne napoléonnienne. Laurent et Mylène avait tellement envie de faire du cinéma...Tout ça n'était que des répétitions pour Giorgino. A l'époque, comme je faisais de l'érotisme, on avait été approché pour que Mylène pose nue mais elle était très pudique. Cette série de photo, qui fait croire qu'elle pose nue, s'est faite dans un studio, rue des Acacias, Paris 17e. Elle avait confiance en moi mais ce fut ma dernière séance avec elle. Elle aimait beaucoup cette série...

Collaborations

Année Titre
1987
Tristana
1986
Libertine
1984
On est tous des imbéciles

Collaborations

       
       
       
       

Liens

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